Pourquoi les maisons en bois rond présentent-elles des défis d'étanchéité ?
- Jean Duguay

- il y a 4 jours
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La maison en bois rond, est une prouesse architecturale qui charme par son aspect organique et robuste. Cependant, pour un expert en bâtiment, elle représente l'un des systèmes constructifs les plus complexes à rendre totalement étanche à l'air et à l'eau. Contrairement aux maisons modernes à ossature légère, où l'étanchéité est assurée par des membranes continues (pare-air et pare-vapeur), la maison en bois rond repose sur un matériau « vivant » qui compose à lui seul la structure, l'isolation et la finition.
Voici les raisons techniques principales qui expliquent pourquoi ces structures sont sujettes aux infiltrations.
1. Le phénomène de retrait et de tassement (Le bois "bouge")
Le bois est un matériau hygroscopique, ce qui signifie qu'il absorbe et rejette l'humidité pour s'équilibrer avec son environnement.
Le séchage post-construction : Un billot de bois fraîchement coupé contient une quantité énorme d'eau. Même après le séchage en usine, une fois la maison montée, le bois continue de sécher pendant plusieurs années.
La réduction de diamètre : En séchant, chaque billot perd une fraction de son diamètre. Sur la hauteur totale d'un mur, ce cumul peut entraîner un tassement (un affaissement) de plusieurs pouces.
Conséquence sur l'étanchéité : Si le tassement ne se fait pas de manière parfaitement uniforme, ou si les cadres de portes et fenêtres ne sont pas installés avec des « boîtes de glissement » (des espaces de jeu), des ouvertures se créent, laissant passer l'air et l'humidité.
2. Les gerces et les fissures radiales
En séchant, le bois ne rétrécit pas de façon homogène. Les tensions internes provoquent des fissures longitudinales appelées gerces.
Le chemin de l'eau : Lorsqu'une gerce se forme sur la face supérieure d'un billot exposé à l'extérieur, elle agit comme un entonnoir. L'eau de pluie s'y infiltre par capillarité et peut migrer jusqu'à l'intérieur de la maison ou, pire, stagner au cœur du bois, provoquant une pourriture interne invisible de l'extérieur.
Les ponts thermiques : Ces fissures réduisent également l'épaisseur effective du bois, créant des zones où le froid pénètre plus facilement.
3. La complexité des joints entre les billots
L'étanchéité d'un mur dépend entièrement de la zone de contact entre deux rondins superposés.
L'ajustement scandinave vs le calfeutrage : Que les billots soient ajustés à la main (copiage) ou usinés, il y a toujours un joint. Avec le temps et les cycles de gel-dégel, les matériaux de scellement (comme le chinking ou les joints de mousse) peuvent perdre leur adhérence ou leur élasticité.
La pression du vent : Lors de fortes tempêtes, la pression exercée sur la façade peut pousser l'eau à travers les micro-espaces entre les billots si le joint n'est pas parfaitement étanche et compressé par le poids de la structure.
4. Les points critiques : Jonctions et Enchevêtrements
Les coins d'une maison en bois rond (les têtes de billots qui s'entrecroisent) sont les zones les plus vulnérables.
Le bois de bout : Les extrémités des billots exposent les vaisseaux conducteurs de l'arbre. C'est par là que l'eau est absorbée le plus rapidement, un peu comme une paille. Si ces extrémités ne sont pas traitées avec des scellants spécifiques, l'humidité s'infiltre profondément dans l'assemblage des coins, là où l'air circule peu, favorisant la dégradation fongique.
L'étanchéité d'une maison en bois rond n'est pas un état permanent, mais un processus de maintenance continue. Contrairement à une maison conventionnelle où les composantes d'étanchéité sont cachées derrière le revêtement, ici, elles sont exposées aux éléments.
Il est crucial de surveiller l'état des joints de scellement (chinking) et l'apparition de nouvelles gerces chaque année. Une inspection rigoureuse permet d'intervenir avant que l'humidité ne compromette l'intégrité structurale du bois.






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